Liberté – Egalité – Réalité

Le hasard de l’existence et des rencontres m’ont rendu hypersensible à la question de la discrimination raciale. Et je me désole que si peu soit fait en France pour la combattre. Dans la patrie des droits de l’Homme, les pratiques discriminatoires, la sous-représentation des minorités visibles et le racisme ordinaire sont des mauvaises herbes que les autorités françaises ne se donnent pas la peine de traiter sérieusement. Ce manque de volontarisme politique étonne dans un pays réputé pour son interventionnisme étatique. Depuis bien longtemps, d’autres Etats comme la Grande-Bretagne ou les Etats-Unis, qui passent pour moins dirigistes que la France, ont pris la peine de se doter d’institutions et de politiques énergiques pour s’attaquer aux racines du mal. Aussi louable qu’ait été la création récente de la Haute autorité pour de lutte contre les discriminations et pour l’intégration en 2004, ses moyens restent, en comparaison, bien limités. Que valent les discours anti-racistes indignés s’ils ne sont pas suivis des faits ? La frustration des jeunes Français issus de l’immigration (dont beaucoup ont choisi la voie de l’expatriation) ne tient pas tant à l’existence même du racisme avec lequel ils ont malheureusement appris à vivre qu’au décalage entre l’idéal républicain si régulièrement claironné et la réalité des actes. Encore qu’il convienne de noter qu’un ministre de la République, depuis réfugié à l’Elysée, ne jugeait même pas utile de cacher le fond de sa pensée.
Certains parcours de Français à l’étranger exposent clairement les insuffisances du modèle républicain et la léthargie des pouvoirs publics face aux pratiques discriminatoires. Chaque réussite hors des frontières de ces jeunes Noirs et Maghrébins souligne l’échec d’un système qui trompette ses valeurs républicaines sans se soucier de leur transposition dans le monde réel. Ce qui distingue peut-être la France d’autres pays plus avancés sur la route du multiculturalisme, c’est l’inertie de ses décideurs. Dans un pays de tradition étatique, l’exemple pourrait pourtant venir d’en haut. Mais, jusqu’ici, les hommes politiques, les chefs d’entreprise, les magnas de la presse et de la publicité n’ont guère brillé par leur courage, trop soucieux qu’ils étaient de ne pas froisser le supposé Français moyen.
Dans les banlieues, ce sentiment d’exclusion et d’abandon alimente des comportements violents et déviants. Il ne s’agit pas là de tout expliquer pour tout excuser. De fait, la vieille antienne de l’exclusion peut s’avérer un prétexte bien commode pour choisir « la glandouille » selon l’expression imagée de Fadela Amara, l’ancienne secrétaire d’Etat chargée de la politique de ville. Mais n’est-ce pas une raison supplémentaire pour donner leur chance à tous ceux qui ont parfaitement rempli « le cahier des charges républicain » ? En prouvant que l’ascenseur n’est pas détraqué et offre à tous de belles opportunités de s’en sortir, n’ôterait-on pas aux « glandouilleurs » une excuse toute trouvée à leurs trocs et combines ?

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