Humour Hollandais

Faut-il oser l’humour en politique ? En France, mieux vaut le faire avec modération surtout lorsqu’on vise le sommet de l’Etat. Dans son livre, Le petit Hollande illustré par l’exemple, la journaliste politique Hélène Jouan nous apprend que François Hollande s’est juré d’épurer sa campagne des bons mots et des traits d’esprit, longtemps sa marque de fabrique au point de lui valoir le surnom peu gratifiant de « Monsieur petites blagues ».

Eh oui, l’humour, ça ne fait pas sérieux en politique… C’est réservé aux seconds couteaux et aux tontons flingueurs du Palais Bourbon qui gaspillent leur matière grise à trousser des petites phrases assassines quand les grands esprits (les prétendants à la magistrature suprême par exemple) réfléchissent, le front plissé, aux grands défis qui se posent à la France. Sous la IIIème et la IVème République, il n’était pourtant pas interdit de jouer les premiers rôles et d’avoir de l’humour. Georges Clemenceau et Edgar Faure sont les exemples qui viennent aussitôt à l’esprit. Mais sous  la Vème République, la stature quasi-monarchique du chef de l’Etat lui interdit de s’abaisser à faire rire en public. Comme naguère à la Cour, le monarque républicain réserve ses bons mots (souvent cruels) à un cénacle de courtisans et de journalistes triés sur le volet.

 Edgar Faure : « Si vous n’avez pas d’opinions politiques, prenez donc les miennes »

François Hollande a semble-t-il d’ores et déjà intégré cette donnée en censurant cet humour supposé ne pas faire « présidentiable ». Du reste, ça vaut mieux parfois… car Hollande tuerait père et mère pour un bon mot. Alors reporter politique, je me souviens (comment l’oublier ?) du matin de la mort de François Mitterrand. C’est François Hollande qui assurait le point presse à Solferino. Le même jour, le 08 janvier 1996, disparaissait le journal d’André Rousselet Info-Matin. La journaliste du quotidien fut accueillie par ce brin d’humour typiquement hollandais : « Oulala, quelle journée : deux disparitions en un jour ! » A l’époque, j’avais trouvé la remarque plutôt risquée en plein deuil national. Mais pour le reste, François Hollande fait preuve d’un humour subtil assez rare dans une classe politique où l’on se prend très (trop ?) au sérieux.

Dans un pays que je connais bien, la Grande-Bretagne, l’humour est pourtant la marque d’un esprit raffiné. Le manque d’humour est presque une faute de goût… Les grands premiers ministres (Churchill, Thatcher, Blair) savaient faire rire, y compris à leurs dépens. Imagine-t-on un président de la République se risquant à faire de l’autodérision ? Ce serait avilir la noble fonction. Faire rire des autres, à l’extrême limite, mais de soi-même… hors de question. Après tout, « le premier de tous les Français » reflète peut-être assez bien un trait typiquement gaulois.

Trop souvent, en politique, l’humour est une arme d’attaque alors qu’elle peut être une arme d’autodéfense. Avant de sacrifier son sens de l’humour, Hollande ferait bien d’y réfléchir à deux fois. Il suffit de regarder dans le cimetière des candidats socialistes vaincus aux élections présidentielles. Lionel Jospin, homme fort respectable au demeurant, était drôle comme un pasteur suédois. Quant à Ségolène Royal, elle était incapable de la moindre distance par rapport à elle-même. Aurait-elle su faire preuve d’un minimum d’autodérision que ses gaffes à répétition ne l’auraient pas à ce point desservie. Si Ségolène avait su se moquer d’elle-même après sa fameuse « bravitude », elle ne serait peut-être pas devenue la risée du Tout-Paris et la grande théoricienne de la « cruchitude ».  C’est un art de savoir mettre les rieurs de son côté pour se sortir d’un mauvais pas. En la matière, Tony Blair, (vainqueur de trois élections, faut-il le rappeler ?) était un orfèvre.

 Tony Blair : « A Paris, j’ai été commis de bar.  Dans ce bar, il y avait un pot commun. On m’a dit qu’il fallait impérativement y mettre tous les pourboires. Au bout de deux mois, j’ai découvert que j’étais le seul à le faire ! C’était ma première leçon de socialisme appliqué »

Il ne s’agit pas de transformer le débat public en cirque, ni les hommes politiques en clowns mais juste de rappeler les vertus de l’humour dans un pays déjà si anxiogène. Donc, François Hollande, qui se voit en président de la normalitude, aurait bien tort de se priver de ce registre qu’il maîtrise avec tant de virtuosité.

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